Comment les médias parlent des grosses ?

Publié le par Sarah

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Depuis quelques semaines, le vent a tourné, les médias sont enclin à  parler des pulpeuses, des rondes, des généreuses, bref des rondes. C’est la nouvelle tendance, le truc IN. Je ne vais pas m’en plaindre, cela fait du bien de voir autre chose que des maigrichonnes à la télévision ou dans les pages des magazines. Mais cette envolée, soulève plusieurs questions et doutes dans le profond de l’intérieur de mon être.

Je me suis penchée sur les mots et les manières utilisés pour traiter le sujet. Et dans l’univers policé, politiquement correct aux vocabulaires uniformes de la télévision, des magazines, les rédactions et animateurs sont bien enmerdées lorsqu’ils doivent parler  des femmes plus muffin qu’haricot vert dans les formes.  Ils ne maîtrisent pas le langage, ne savent quels termes utilisés,  ont peur qu’une boulette dérive en l’insulte ou soit prise telle quelle. Alors, vous tombez dans le grand spectacle de la métaphore, du non-dit,  du cliché et de l’hypocrisie.

Pour l’illustrer, j’ai choisi d’analyser l’émission de Stéphane Bern Comment ça va bien sur France 2 où la pétillante Stéphanie Aka Big Beauty, venait présenter des pièces de sa magnifique collection pour Laredoute lors d’un trop petit défilé avec deux autres mannequins. Je ne vais pas être injuste, pour une fois les demoiselles n’étaient pas des poids plumes, vendues comme rondes, pour faire politiquement correct.

Lorsque vous vous concentrez sur les mots employés, vous pouvez sentir le mal aise, la peur d’utiliser un mauvais termes, de l’insulte. Pour tout vous dire la seule fois ou vous entendez le mot GROSSE, c’est Stéphanie qui le lâche comme pour dégonfler cette hypocrisie générale. 

Je commence l’analyse de l’émission, vous pouvez la regarder avant de lire la suite.

 

 

 

Pour commencer, sachez qu’il est encore interdit d’oser dire qu’il y a des femmes qui font au-dessus du 48, je pense que passer au 50 fait terriblement peur. C’est peux être à ce moment_là que l’on perd le droit d’être une femme.  L’animateur quant à lui fait en sorte de ne pas le dire, alors qu’il commence par les pauvres filles qui font un 38, sachant que déjà les filles minces devraient plus faire un 34/36.  Encore une fois, c’est Stéphanie interviendra pour dire qu’il y a des femmes qui s’habillent en 60 !

Passons. Première phrase de l’animateur Stéphane Bern « Mais pourquoi les créateurs ne travaillent pas pour les ….. les…. » Les GROSSES Stephan vas-y tu peux le dire ! Une femme qui s’habille dans les sections grandes tailles sait qu’elle est grosse.

Vous allez, me dire que pour beaucoup de personnes il s’agit d’une l’insulte ! Sûrement, mais c’est hypocrite, car je suis désolée comme un blond est blond, un grand est grand, une mince est une mince, une grosse est une grosse. Ce n’est pas le terme descriptif qui est injurieux, mais la façon de l’utiliser. Dire « sale grosse » ou « grosse vache » c’est injurieux, ça blesse, mas de toute façon si vous ajoutez le mot « sale » devant noir, jaune,  juif ou arabe, cela devient une insulte.

Alors, arrêtons l’hypocrisie, nommons un chat, un chat  et vous les grosses ne sautez pas sur la première personne qui utilise le mot grosse sans  sous entendu agressif ou humiliant.  Ce mot n’est pas très joli, il est certain que pulpeuse, généreuse, en courbe, sont plus poétiques et pour parler d’une femme cela est toujours plus mignon, mais il  y a un moment ou les synonymes c’est fatiguant, il ne faut pas avoir peur de dire les choses telles que le sont.

 

Continuons, sur cette émission et sa fameuse femme réelle. Ils me font bien rire ! Cela ne veut rien dire ! Les mannequins sont des femmes réelles, la femme qui porte un 40 est réelle ! Après c’est ce que les médias en font ; ils les transforment, effacent la cellulite, la peau d’orange ou les bourrelets. Mais je ne sais pas pourquoi lorsque l’on parle des grosses, cette expression revient souvent ; alors désolée toutes les demoiselles qui s’habillent chez Zara vous n’êtes pas réelles.

Après, il est de bon ton de parler de l’anorexie et des mannequins toutes minces, au moins sur ce sujet le vocabulaire approprié existe. J’ai remarqué que  lorsque l’on parle des grosses,  il faut que le sujet de la maigreur ou de l’anorexie arrive sur le tapis. La confrontation ultime, comme si nous devions choisir un camps, alors qu’il s’agit de maladies, de personnes en souffrances et que l’une n’est pas la résultante de l’autre.

Et la c’est le drame, la phrase qui tue ! « On veut une mode, pour les vrais gens, qu’ont des vraies formes, qui sont en vie, qui sont gourmands, et qui ont de l’appétit de vivre. » Cette phrase regroupe tout ce que je déteste, lorsque les médias traitent de ce sujet. Alors, déjà les demoiselles à la taille fine vous n’êtes pas des « vrais gens », vous êtes à la limite du suicide, toutes incapables de déguster un bon couscous et la vie elle est trop triste pour vous. Merci les clichés ! En même temps, lorsque c’est la minceur qui est à la mode, c’est la grosse qui devient triste, complexée, enfermée sur elle-même. Sortez les de ce carcan, de ce politiquement correcte. Dire que les filles qui ne rentrent pas dans un 44 en France elles galèrent pour s’habiller et qu’elles voudraient bien trouver autre chose qu’un large pull noir. Bref, elles demandent le droit de consommer comme toutes les autres femmes. Pourquoi devoir mettre les femmes dans des cases pour mieux les opposer.

Je ne vais pas m’arrêter sur toutes les phrases, sinon je ne suis pas prête d’arriver à la fin, déjà que j’ai déjà perdu 50% de mon lectorat. 

Le défilé commence avec la jolie Sophie qui « ne rentre pas dans un 36, mais qui fait une bonne taille ». Reprise de l’image du bon gros, transformée en bonne taille, genre la taille généreuse. Mais le terme grande-taille, il a du mal à sortir. C’est l’avalanche, car Sophie elle fait un « joli poids », mais c’est quoi cette hypocrisie ? La peur de d’utiliser les termes appropriés fait dire au présentateur des absurdités. Ou alors qu’il ne s’aventure pas sur ce terrain et qu’il décrive simplement le style.

 

Soulignons, que pour le second mannequin, Christelle, l’animateur se relève et ose dire «  grande-taille » et vas même ajouter que nous sommes plus « dans le XL que le XS », chuchotez lui qu’il y a des femmes qui portent du XXXL.  C’est alors l’arrivée de Stéphanie, qui est belle et « très en formes »  et l’animateur s’engouffre dans une déferlante de termes  assez étranges. Il commence avec l’utilisation d’un mot « Canupige », je ne sais pas même pas comment l’écrire ou ce qu’il signifie. J’ai cherché sur mon dictionnaire et je n’ai rien trouvé. Alors, si l’un d’entre vous a décodé, je serai contente d’en découvrir la signification. Il continue avec « un beau bassin », « de la poitrine », de « la générosité », de la « gourmandise ». Mais, arrêtez le ! Avoir du bassin, de la poitrine, être gourmande et généreuse ce n’est pas l’apanage des grosses (oups des rondes !). Et heureusement, pour tous les hommes.

Et lorsque Stéphane Bern ouvre de nouveau sa bouche c’est pour sortir un énorme cliché, les femmes rondes doivent porter du noire, cela amincit. Il part donc du postulat  qu’une femme grosse cherche toujours à s’amincir dès qu’elle le peut. Mais, la grande nouveauté, c’est qu’aujourd’hui elle a le droit de porter de la couleur, parce qu’elle a de la poitrine, alors c’est gaie ; vive le raccourcie. Et on retourne dans le cliché du bon gros qui aime diné, qui aime la vie, donc il est gaie, la vie est belle, portons de la couleur…

Heureusement que Stéphanie vient nous sauver en disant pour la première fois que les grosses sont des femmes comme les autres qui aiment la mode et que cela suffit de se cacher dans le noir. Moment de jouissance, elle ose dire qu’il y a des femmes qui font du 60.  Très vite stopper par Stephane Bern pas très attentif car la prénomme Sophie. Son attention a du s’arrêter au premier mannequin. Mais, une fois de plus notre Big Beauty, telle une super-héroïne, vient briser les non-dits et pour la première fois le terme GROSSE est articulé sur ce plateau.  Et d’un coup on a l’impression que la pression redescend, les co-animateurs restés silencieux, ouvrent de nouveau la bouche et Stéphane va jusqu'à dire femmes fortes !

Finalement, mon article est plus volumineux que prévu, alors je vais arrêter de m’acharner sur cette émission. Je tiens tout de même à préciser deux, trois petites choses. Il ne faut pas croire que je ne suis pas  contente de l’élan médiatique pour les fesses enrobées, montrer plus de bourrelets je suis pour à 100%. Mais, cela ne doit pas nous empêcher d’être, critique et d’analyser

Ensuite, je me demande s’il s’agit d’un changement réel des mentalités, des médias, ou juste une passade, un effet de mode qui fait vendre. Il y a quelques années, j’avais entendu un sociologue (je ne sais plus le quel) dire qu’en période de crise, les rondeurs revenaient toujours sur le devant de la scène afin de rassurer, de choyer.

J’espère vraiment que les médias sont en train de changer et  pas uniquement sur les grosses, mais sur la question de la diversité. Il y est temps que la population dans sa globalité soit représentée. Vous en voyez beaucoup des noirs, des arabes, des petites, des asiatiques ou des handicapés dans les magazines, dans la publicité ou à la télévision. Cette beauté uniformisée, imposée à l’ensemble, il est grand temps que cela s’arrête, vous ne croyez pas ?

Sarah.


PS: Si vous avez réussi à lire jusqu'au bout, je vous félicite.

 

Edit: Callipyge: Postérieur fort généreux ! (Merci Heidi et Kriss)


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Nane 02/07/2010 20:31



je ne dirai qu'une seule chose : formidable article ! merci !!!!



Sarah 03/07/2010 14:07



Merci beaucoup !!!



Sarah 30/05/2010 18:58



Je suis tout à fait d'accord avec toi. Ce malaise général est flagrant.



pascale 30/04/2010 13:00



hihi !! très bon article ! Moi je suis bien plus... bon public, qu'on parle de nous qu'on nous fasse sortir un peu du placard, même si c'est juste pour des question d'audimat, ça me ravit !!



Sarah 30/04/2010 15:16



Je suis pour que l'on sorte du placard ! Mais je trouve très intéressant d'analyser la manière.



Adama 20/04/2010 18:05



Oui, j'étais tombé sur cette émission en zappant. Le malaise quant au vocabulaire comme tu dis était bien bien flagrant, même sur les visages on sentait la peur de faire une boulette en disant le
mot de trop ou qui serait mal interprêté. Je suis d'accord avec toi, c'est de la totale hypocrisie. Je pense que c'est en  faisant trop attention à ce que l'on dit qu'on prend plus de
risques d'offenser les gens, c'est un peu comme les prendre pour des idiots. Les mots "gros ou grosse" ont acquéri une telle connotation péjorative qu'on ne sait plus quoi en faire préférant
l'utilisation de mots plus ou moins poétiques, arrangés mais ça finit par faire ridicule, je trouve. Les gens ne peuvent pas se sentir insulter tant qu'ils perçoivent le respect, c'est déjà une
bonne base. =)



Heidi 20/04/2010 13:42



Le mot c'est "callypige", ça désigne un postérieur très développé, mais on ne dit pas "un gros cul".


Deux tenues sur trois et on a droit à la robe qui camoufle tout. Je trouve ça nul ! on retombe sur le "cache-moi tout ce gras". 


 


 



Sarah 20/04/2010 13:48



Je vois déjà l'animateur avant l'émission regarder sur internet les synonymes de grosse ! Il faut le trouver callypige !


Déjà nous avons de la couleur et les mannequins ne ressemblent pas à des mamis. Il y a quelques années elles auraient fait un 42 cachées derrière un drap noir. Il faut reconnaitre un progrès,
même s'ils reste frileux !